| Photos : Hervé Guiraudou |
Texte : Claire Lefaure |
Il fait froid maintenant.
A mes côtés, trois mégots.
Deux, habillés d'orange un
peu sale, et un petit, tout
rabougri. Il ne leur reste
qu'une odeur pâteuse,
un peu moins sucrée que
mon parfum malté un rien
amer. Vrai ! Y'a plus qu'un
rayon de soleil pour me
faire pétiller. La main qui me serrait amoureusement la taille, quand j'étais blonde ou brune, cette main palpitante et moite,
m'a fait tanguer, tournoyer,
trinquer... A moitié pleine,
à moitié vide, j'étais en
immersion dans une masse
liquide en fusion. Plus haut,
dans les brouillards et les
vapeurs maintenant dissipés,
des yeux buvaient, buvaient,
buvaient des paroles,
des lumières et des notes...
bien plus enivrés qu'en
portant les lèvres à mon
col encore frais. C'est qu'ils avaient une autre prière
à dire : le jeu du génie
Mélodie enflammait les
corps transis, transfigurés, assoiffés. Dernier baiser...
L'onde aérienne et
détonnante à dénoué
les cinq doigts qui
m'enlaçaient. J'ai chaviré
en mer d'ailleurs, avant
de rouler, chahutée,
basculée dans l'éphémère.
Une bien belle soirée ma foi !
Mais dont on se relève avec
une sacrée gueule de bois :
inutile et glacée, je gis
encore, rêvassant, entre
un mouchoir de papier usagé
et une chaise renversée.