





Onze. Ils sont onze.
Comment ne pas penser
à une équipe de football ?
Le football qui rassemble,
qui fait taire les différences.
On prend onze gars et allez.
Plus de noirs, plus de blancs.
Tout le monde sur la pelouse. Voyez-les un par un
maintenant. Cet air content
qu'ils ont. Réunis par l'amour
du maillot. L'amour de la robe ici.
Point de sponsor, pourtant, pour cette équipe-là. Aucune
marque de jus de fruit
floquée sur leur tunique.
Ils ne font pas rêver les
gosses, ils ne sont pas
champions du monde. Ils ne passent pas à la télévision.
D'ailleurs qui voudrait jouer
avec eux? Qui a envie de
leur marquer un but ?
Ils vivent dans un autre
temps, ils sont ailleurs.
Ils se tiennent à la marge,
à la limite du hors-jeu,
et si on les regarde, ce n'est
que du coin de l'oeil ; rarement,
comme ici, de face. Mais c'est
de nous qu'ils parlent
depuis leur désert ;
c'est un miroir qu'ils nous
tendent. Le genre de miroir
qu'on aimerait mieux ne pas
voir - et continuer de gambader
insouciants. Mais ils ne
renoncent pas. Cela se voit
dans leur regard. Ils sont onze
et ils le savent. Ils sont
tranquilles. Ils nous attendent
sans peur. Ils lisent la gêne
et la pitié dans nos yeux.
La gêne et l'envie.
A les voir, on se dit
qu'ils ont gagné.